Le vin aux plusieurs vents

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Photo par Renan

 Juré, je ne vous bassine pas avec une histoire de vacances! Pas de torture en vous racontant les soirées sur les terrasses du Canal du Midi, les bains de minuit et les parties de boules. On s’est tous déjà tapé les mille bornes vers la route du soleil pour se déglinguer au pastis en imitant l’accent du vendeur du bar tabac. Si vous nous lisez, vous êtes plus probablement devant votre ordi au boulot ou sur votre smartphone dans le bus que sur un pneumatique dans une piscine à débordement.

Je n’ai pas l’intention de vous dégoûter avec « un récit-carte postale » par contre, parlons de vin, du vin du sud.

Dans le petit village où ma maman s’est installée définitivement, nous avons rencontré une vigneronne qui proposait un peu de son vin à la dégustation. Séduits par le breuvage et par le hasard de cette rencontre, nous sommes partis dès le lendemain, avec notre ancienne camionnette de la gendarmerie nationale (mettez-y l’accent), visiter son domaine viticole.

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Nous avons réussi à faire grimper le van usé de la maréchaussée jusqu’au sommet de la région, passant de justesse dans les ruelles de village. En une demi heure, le paysage d’altitude montrait un tout autre visage : une immersion soudaine en Amérique du Sud (j’exagère peut-être) ,mais je vous assure, du brouillard autour des cimes, un ciel chargé de pluie et des vignes accrochées aux parois escarpées à perte de vue.

Les freins qui patinent dans le gravier, nous descendons du véhicule sur un chemin desséché, des bourrasques dans les cheveux. 

Notre guide nous accueille sur ses terres, elle possède cinq hectares divisés en parcelles ci et là sur les hautes collines qu’elle nous désigne au loin. Éloignés et dispersés sur les flancs ou dans la garrigue, ils ne sont pas tous exposés au mêmes vents. Certains, sous le tempétueux Cers subissent les rafales venues des montagnes, et d’autres sur le chemin de l’humide Marin, profitent de la douceur soufflée de méditerranée.

On s’imagine que ce serait plus simple pour elle de travailler un large et unique vignoble plutôt que d’emprunter tous ces chemins tordus,mais ça serait manquer à coup sûr les richesses rapportées par les fils d’Éole.

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Photo par Renan

                                                                                                                                                       
En nous parlant de sa passion, Irène jette au loin son regard Eastwoodien renforcé par son teint buriné, elle couve de ses yeux les plantations dont elle est la gardienne; c’est un peu la shérif du sarment.

Chaque lopin a ses particularités, son vent comme je l’ai dit ,mais aussi sa terre qui varie du schiste à l’argile. Elle en ramasse une poignée, la soupèse et la laisse filer entre ses doigts.

Je remarque que bon nombre d’allées sont amputées d’arbres fruitiers, qu’il y a comme des trous dans les rangs. Sans pesticide, elle nous explique que ses cultures sont mises à mal par les maladies, les insectes. Elle évoque 2014 où une grande partie fut décimée, puis  2015 où juste avant les vendanges, une petite chose ailée suça le liquide de tous les raisins laissant derrière elle de grosses grappes flétries.

Pour elle, ce sont des « coups de pas de bol » et nous rappelle qu’il faut composer avec la nature.

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Photo par Renan

                                                                                                                                                           

Cultiver la terre l’outil à la main avec une aide minimale de la machine, c’est du travail pur et dur avec de la chance. Après, je ne m’étonne pas de voir que  certains  préfèrent asperger le tout de chimie pour s’assurer un minimum de rentabilité et qu’il est plus simple de lancer des gros engins dans les couloirs pour faire le boulot. A ceux-là, vendre de la vinasse, ça rapporte! Comme si la sueur et l’effort, ici entre les arçons, ça ne se payait pas.

Faut vraiment avoir la foi pour se lancer dans l’aventure bio.

En plus des météos incertaines, des virus, des parasites, ajoutons les soins à donner : les vignes, elles se rangent ! Chaque bras de plante doit être enroulé autour des tuteurs en métal sinon ils se mettent à embrasser leurs congénères d’en face et créent des petits ponts (c’est très joli ,mais peu pratique sauf si vous êtes un vigneron nain). Je vous passe les détails, mais pensez que: chaque plan est choyé, l’un après l’autre, ligne après ligne, are après are, hectare après hectare!

Je regarde cette femme qui n’engage qu’une aide à l’occasion, dans ce travail titanesque et je me dis qu’il faut une ténacité et une détermination à toute épreuve pour achever ce qu’elle fait. Si j’étais à sa place et que je devais déterrer ne fut-ce qu’une souche malade ou trop vieille, après tout le travail accompli, je sûre que je tomberais à genoux en pleurant.

On quitte l’altitude, on s’assied sous l’ombre protectrice d’une glycine auprès des foudres de chêne. Tout est dans ces fûts de bois : la volonté soufflante d’une femme de faire du bien, du mieux, son labeur, son savoir-faire.

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Evidemment, nous ne pouvions repartir sans quelques bouteilles, nous emportons donc avec nous, un peu de ce rouge féminin, de ce vin élevé aux plusieurs vents.

2Irène, vigneronne, dans notre camionnette de la gendarmerie .

Le clos du marbrier, CAUNES MINERVOIS

http://www.leclosdumarbrier.com/index.php

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